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PROLOGUE

– Cornéria –
25 Juin 2875.

Cornéria se réveillait doucement. Au lendemain de la Journée des Héros, toute la planète se remettait lentement d’une longue nuit de festivité. Petit à petit, la capitale de la petite planète bleue, Big City, commençait à sortir de sa torpeur. Sans compter que la journée était belle. Plus que belle d’ailleurs, l’astre du jour brillait haut et fort, le ciel était un véritable océan azur quasiment parfait, seuls quelques petits nuages osaient troubler le spectacle.

Big City commençait à renaitre, elle-aussi. Les gens commençaient leurs journées, avec deux ou trois heures de retard contrairement à d’habitude. Mais qu’importait ce retard. Le lendemain de la Journée des Héros, rien n’avait d’importance, tout ce qui comptait était de profiter du cadeau inestimable que ses derniers avaient laissés derrière eux : la paix. Beaucoup d’habitants s’étaient regroupés autour de l’immense statue de James McCloud, leader de l’Escadron FOX, qui avait mené la guerre contre le terrible tyran galactique Andross. Rapidement toute la ville s’était jointe aux célébrations et ainsi la capitale avait décidé de profiter de cette journée si spéciale, ou les héros tombés lors de la guerre étaient célébrés, pour se rappeler le lourd tribut qu’ils avaient dû payer pour accéder à la paix.

N’ayant pas veillée jusqu’à tard, au contraire de toutes ses copines, Mina, une jeune louve d’une vingtaine d’années, avait depuis longtemps commencé sa journée. Professeur dans l’une des écoles élémentaires de Big City, elle conduisait ses élèves jusqu’à dans la grande cour. Dix heures passées, la récréation avait sonné. Les enfants chahutaient aussitôt sortit du bâtiment, beaucoup d’entre eux, notamment les garçons, s’amusaient à « faire la guerre ». Après quelques minutes de réflexion pour fixer les règles, concept assez vague lorsque l’on parle de guerre, chaque garçon choisissait son pilote préféré avant de se lancer à la poursuite des autres dans le but de les « descendre ». Evidemment tout cela dans un esprit bon enfant et ils étaient tous bien loin de s’imaginer ce que sous-entendais leur petit jeu.

La jeune institutrice n’aimait d’ailleurs pas trop ce genre de jeu mais elle savait très bien qu’il n’y avait absolument rien d’inquiétant derrière. Ils n’avaient pas conscience de ce qu’était réellement la guerre. Et elle ne pouvait lutter contre la fascination des enfants pour les batailles spatiales et les pilotes des escadrons, considérés comme de véritables héros.

– Attention à ne pas vous blesser ! lança-t-elle, tout en remarquant l’intérêt grandissant des filles pour le jeu des garçons.

Son conseil n’eut aucune réponse. Si ce n’est un « Meurs suppôt d’Andross !! » avant qu’un autre enfant, tournoyant sur lui-même comme s’il faisait un looping, ne lance « Tu ne m’attraperas jamais, McCloud ! » Elle ne put s’empêcher de rire devant l’intensité et le sérieux avec lequel les enfants se prenaient pour leurs héros préférés. Leur jeu avait des allures de véritable affrontement spatial. Entre le concert de bruits savamment exécuté à la bouche, ce qui consistait en gros à une bataille de « tutu tutu » pour les lasers, et à quelques « boom » lorsque l’un d’eux envoyait fièrement une bombe et la danse hypnotique des enfants se courant après dans un balais aussi désordonné qu’attendrissant, la jeune institutrice ne pouvait qu’apprécier le spectacle.

Cependant, elle était quelque peu contrariée de constater qu’une fois en récréation ses élèves semblaient bien plus vivants. En classe, ils ressemblaient bien plus à des mollusques endormis. Alors que là, ils donnaient l’impression d’être une petite armée de diablotins surexcités et plein de vie. Le contraste était saisissant. A tel point qu’elle commençait à se demander si elle n’allait pas se servir des « fameux héros » pour certaines de ses leçons.

Une bonne idée qu’elle se décida à mettre en pratique dans les prochains jours. De toute façon, elle ne perdait rien à essayer.

Certaines filles finirent par se joindre aux garçons. Petit à petit, toute la cour de récré s’était changée en un champ de bataille spatial imaginaire où les enfants luttaient pour leur survie. Le spectacle était saisissant. L’imagination de ces bambins paraissaient sans limite, certains n’hésitait pas à se crier des conseils, du genre « Exécute un piqué ! » ou bien encore « Fait un tonneau pour éviter les tirs ennemis ! ».

– Ah ces petits sont vraiment impossible, soupira-t-elle avec un sourire plein de tendresse, tout en les observant avec amusement.

Soudain la sonnette retentie dans la cour de récréation, aussitôt suivie par un concert de soupirs et de plaintes désespérées. L’institutrice leur demanda de rentrer plusieurs fois. Certains trainaient des pieds. D’autres tentaient de faire croire qu’ils n’avaient pas entendu la sonnette, et encore moins l’appel de leur professeur, et continuaient de jouer. Mais personne n’échappa à la sentence. La récréation était terminée. Le temps de l’amusement avec.

– Allez, les enfants ! On se dépêche ! Lança Mina, amusée par l’entêtement de certains.

Elle tapa dans ses mains et l’attention des derniers retardataires fut captée. Ils  n’avaient plus aucun moyen de jouer la comédie. Abandonnant, les derniers rentrèrent en trainant encore plus les pieds.

– Allons, allons, ne faites pas cette tête, les enfants, encore quelques heures et vous serez en pause déjeuner et vous pourrez continuer…

Ce fut à cet instant qu’elle aperçut une zone d’ombre au-dessus d’eux. Celle-ci semblait bien plus grande. Le temps se couvre, pensait l’institutrice en accueillant le dernier des « guerriers » à l’intérieur du bâtiment. Puis elle leva les yeux au ciel dans l’espoir d’apercevoir le coupable de ce soudain manque de soleil.

Son regard ne put se défaire de la vision d’horreur qu’elle observait. Alors qu’elle imaginait apercevoir un immense nuage, le genre suffisamment dense pour occulter le soleil sans difficulté, la jeune institutrice aperçut une immense machine descendre du ciel. Un croiseur de guerre, l’un des appareils les plus puissants de la galaxie, entamait une très lente descente dans l’atmosphère de Cornéria. Aussitôt, elle tenta de connaitre l’affiliation de ce dernier.

Mais elle n’eut pas besoin d’observer plus longtemps l’appareil pour comprendre que celui-ci n’était pas amical. En effet, alors qu’il était toujours en plein descente, les deux canons situés au-devant de la coque expulsèrent deux énormes rayons lasers. Les deux trainées émeraudes vinrent s’écraser violement sur la planète dans un vacarme assourdissant. Deux trainées de feu marquèrent le passage des deux lasers.

– Oh mon dieu, s’écria-t-elle, refermant la porte de la cour de récréation le plus rapidement possible. A l’abri, les enfants !

La zone d’ombre dépassait désormais l’école élémentaire. Le croiseur était gigantesque. Alors qu’il continuait sa descente, ses canons continuaient de faire feu dans toutes les directions, dévastant la capitale. Un tir perdu vint s’écraser contre la mairie, situé en plein centre-ville, l’explosa ravagea tout un quartier. L’assaut était impitoyable. Personne ne devait ressortir vivant de cette belle matinée, c’était la consigne de l’ennemi, et le croiseur s’assurait que cette dernière était belle et bien respectée.

Une nouvelle salve frappa la capitale. Des bâtiments explosèrent les uns après les autres dans un tumulte de cris d’horreur et d’explosions.

L’institutrice courut dans sa salle de classe et en referma la porte. Paniquée, elle ordonna aux élèves de se coller contre le mur de la salle et de se tenir le plus calme possible. Ces derniers, apeurés par les bruits lointains d’explosion et le vacarme ambiant, n’osaient pas faire le moindre geste. Suivant les consignes de leur professeur ils se regroupèrent tous contre l’un des murs de la classe.

L’institutrice les rejoignit.

– Ne craignez-rien, les enfants, dit-elle, tentant tant bien que mal de les rassurer. Attendons tranquillement que la situation se calme, d’accord ?

Les enfants hochèrent la tête.

Alors que le chaos et la désolation prenaient possession de la capitale, le croiseur termina sa longue et meurtrière descente. Deux trappes ventrales s’ouvrirent aussitôt dévoilant une nuée de chasseurs stellaires prêts à décoller. Aussitôt le ventre du monstre de métal parfaitement ouvert, les chasseurs eurent l’autorisation de décoller. Ils ne perdirent pas un instant. Le vacarme aigue provoqué par les chasseurs en vols était assourdissant. Le son était tout sauf plaisant. Aigue, violent, et signe d’une mort imminente, le son des chasseurs ennemis faisait froid dans le dos. Une trentaine d’appareils furent balancés dans l’atmosphère de Cornéria qui ne pouvait qu’assister, impuissante, au spectacle.

. Aussitôt libres, les chasseurs se lançaient dans une opération de destruction sans la moindre pitié. Ils faisaient feu sur tout ce qui bougeait. Les bâtiments étaient troués par les impacts de lasers, puis s’écroulaient lentement tel des châteaux de cartes. Des escadrons de chasseurs passèrent au-dessus de l’école et firent feu dans les environs, la déflagration provoquée par l’attaque fit trembler le bâtiment. Les murs et portes commençaient à montrer des signes de faiblesses.

L’institutrice se leva un instant. Elle voulait observer d’elle-même le spectacle quand soudain une déflagration souffla la salle. Le plafond fut complètement désintégré. Les murs, eux aussi. Plusieurs lasers vinrent s’écraser dans la salle de classe, déchirant les murs tenait péniblement encore debout, carbonisant tous les meubles sur leurs passages. Les enfants n’eurent pas le temps de se poser la moindre question qu’ils furent balayés par l’impitoyable assaut des chasseurs ennemis.

De nombreux corps jonchaient le sol déchiré. L’institutrice, encore en vie, se releva péniblement avant de constater que l’attaque ne l’avait pas épargné. Elle préféré ne pas regarder son bras droit, qui la faisait atrocement souffrir, et ne parvenait plus à entendre le moindre son. Un sifflement régulier et insupportable était la seule chose qu’elle parvenait encore à entendre.

– Les enfants, lutta-t-elle, tournant sur elle-même pour se mettre sur son dos et se redresser. La manœuvre la fit souffrir mais elle ne pouvait se résoudre à ne pas s’assurer de la survie des enfants.

Aucun n’avait eu la chance de survivre à l’assaut. Elle n’en croyait pas ses yeux. Des larmes apparurent. Elle n’eut pas la force de les retenir. Tant de vie. Tant de très jeunes vies venaient de prendre fin en cette matinée. En l’espace d’une seconde, la vie de ses enfants leur avait été arrachée sans qu’ils puissent dire ou faire quoique ce soit. La jeune louve décida de se relever, malgré les douleurs qui lui lacérait le corps et notamment le bras, pour sortir de l’école.

Mais à peine eut-elle fait le moindre mouvement, un chasseur apparut à l’horizon et balança plusieurs salves de lasers. Des filaments émeraude s’écrasèrent sur l’école. Tout autour d’elle explosa dans un panache de flammes, de fumées, de débris en suspension. Elle n’eut pas le temps de fuir. L’attaque devait être dépourvue de pitié. Et c’est pourquoi le chasseur revint sur ses pas pour terminer le travail, les dernières salves touchèrent une conduite de gaz souterraine qui fit exploser l’école en ruine.

Des débris pleuvaient. Certains étaient en feu. D’autres non. Au milieu de ce cadavre de béton et de métal complètement éventré, se trouvait une étagère. A moitié calcinée par les flammes, son contenu s’était déversé sur le sol de la salle de classe lors de l’explosion. Des cahiers, des livres, un planisphère en morceaux, des fournitures scolaires et bien des objets en tout genre s’étaient répandus sur le sol déformé et déchiré de la classe.

Mais parmi tout cela, il y avait une petite peluche. Celle d’un renard, tourné vers le ciel, son regard braqué vers le ciel déchiré de Cornéria.

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